Frases & Poesias
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Poesias Internacionais

Aqui você encontra uma reunião de poemas franceses, italianos e espanhóis especialmente selecionado e em versoes originais para não perder a síntese natural das palavras. Espero que sinta seu lado franco-italo-hispânico fluindo em seus pensamentos!

LE TESTAMENT

En l'an de ma trentième année,
après avoir bu toutes mes hontes,
ni tout à fait fou ni tout à fait sage,
malgré maintes peines subies,
lesquelles j'ai toutes reçues
quand j'étais aux mains de Thibault d'Aussigny...
S'il est évêque et bénit les rues,
je nie [et refuse] qu'il soit le mien.

II
Il n'est pas mon seigneur ni mon évêque ;
sous son autorité je n'ai pas de "tenure",
si ce n'est de terres en friche.
Je ne lui dois ni foi ni hommage ;
je ne suis pas son serf... ni sa biche.
Il m'a nourri d'une petite miche
et d'eau froide tout un été ;
qu'il soit "large" ou "serré", avec moi il fut très chiche.
Que Dieu soit pour lui comme il a été pour moi !

III
Quelqu'un pourrait me reprendre
et dire que je le maudis.
Mais non, s'il sait bien me comprendre !
De lui en rien je ne médis.
Voici tout le mal que j'en dis :
s'il a été pour moi miséricordieux,
que Dieu, le roi de Paradis,
soit de même avec lui, pour son âme et son corps !

IV
Et s'il a été pour moi dur et cruel,
bien plus que je ne le raconte ici,
je veux que le Dieu éternel
soit semblable pour lui, dans la même mesure.
Mais l'Eglise nous dit et raconte
qu'il faut prier pour nos ennemis.
Je vous dirai : " Tort et honte,
quoi qu'il m'ait fait, j'ai tout remis au jugement de Dieu. "

V
Je prierai pourtant pour lui de bon coeur,
par l'âme du "bon" feu Cotart !
Mais comment ? Eh bien ! ce sera "par coeur",
car pour lire je suis paresseux.
Je ferai pour lui une prière de Picard.
s'il ne sait pas ce que c'est, qu'il aille l'apprendre,
s'il m'en croit, avant qu'il soit plus tard,
à Douai ou à Lille en Flandre !

VI
Pourtant s'il veut apprendre ce que l'on demande
pour lui [dans cette prière], vu que je ne le crie pas
à tout le monde,
par la foi que je dois à mon baptême
il ne sera pas déçu dans son attente :
dans mon psautier, qui n'est relié ni en boeuf ni
en "cordouan",
je prends, puisque je suis à même de le faire,
le petit verset [marqué] septième
du psaume Deus laudem.

VII
Je prie aussi le bienheureux fils de Dieu
que j'invoque dans toutes mes difficultés,
en le suppliant d'accueillir ma pauvre prière,
lui dont je tiens corps et âme,
qui m'a préservé de mainte offense
et affranchi d'une puissance vile.
Qu'il soit loué, ainsi que Notre-Dame
et Louis, le bon roi de France !

VIII
Que Dieu donne [à ce prince] le bonheur de Jacob,
l'honneur et la gloire de Salomon
(de vaillance, il en a beaucoup,
de force aussi, par mon âme assurément !) ;
qu'il lui accorde, dans ce monde éphémère,
aussi long et large qu'il soit,
afin que l'on garde de lui mémoire,
de vivre autant que Mathusalem !

IX
[Qu'il lui accorde] aussi de voir douze beaux enfants,
tous mâles, issus de son valeureux sang royal,
conçus en sein nuptial,
aussi preux que fut le grand Charles,
valeureux comme fut saint Martial.
Ainsi advienne à l'ex-dauphin !
Je ne lui souhaite pas d'autre mal -
et puis le Paradis à la fin.

X
Parce que je me sens faible,
de biens beaucoup plus que de santé,
tant que je suis en pleine possession de mon sens
(si peu que Dieu m'en ait prêté
car je ne l'ai pas emprunté à autrui)
j'ai fait ce testament, fermement établi,
expression de ma dernière volonté,
seul valable en toutes ses dispositions et irrévocable.

XI
Je l'ai écrit en l'an soixante et un,
où le bon roi me délivra
de la dure prison de Meung,
et me rendit la vie ;
aussi suis-je tenu, tant que mon coeur vivra,
de m'incliner humblement devant lui
et je le ferai jusqu'à ma mort :
un bienfait ne doit pas s'oublier.

XII
Il est vrai qu'après plaintes et pleurs
et douloureux gémissements,
après tristesses et douleurs,
après fatigues et pénibles cheminements,
la souffrance ouvrit plus mes pesantes facultés,
aiguisées comme une pelote,
que tous les commentaires
d'Averroès sur Aristote.

XIII
Cependant [quand j'étais] au fond de mes misères,
alors que j'allais par les chemins sans pile ni face,
Dieu, qui, comme le dit l'Evangile,
réconforta les pélerins d'Emmaüs,
me montra une bonne ville
et me pourvut du don d'espérance.
Bien que le pêcheur, certes, soit vil,
Dieu ne hait que la persévérance [dans le mal].

XIV
Je suis pécheur, je le sais bien ;
pourtant Dieu ne veut pas ma mort,
mais que je m'amende et vive dans le bien,
comme il le veut de tout homme que le péché mord.
Bien que je sois mort dans le péché,
Dieu vit et sa miséricorde,
si ma conscience m'inspire du remords,
m'accorde le pardon par un effet de sa grâce.

XV
Et quand le noble Roman de la Rose
dit et déclare,
en son premier commencement,
qu'à un jeune coeur
on doit pardonner ses fautes de jeunesse
du moment qu'on le voit sage en vieillesse,
hélas !, il dit vrai ;
ceux donc qui me font si dure guerre
ne voudraient pas me voir parvenir à l'âge de sagesse.

XVI
Si ma mort pouvait être
de quelque profit pour le bien public,
je me condamnerais à mourir
comme un homme injuste, par Dieu, je vous l'assure.
Je ne fais de mal ni à jeunes ni à vieux,
que je sois sur pied ou que je sois en bière :
les monts ne bougent pas de leurs bases,
ni en avant ni en arrière, à cause d'un pauvre.

XVII
Au temps où Alexandre régnait,
on amena devant lui
un homme nommé Diomédès,
doigts et pouces liés, comme un larron,
car il était de ces écumeurs de mer
que nous voyons faire la course ;
ainsi donc il fut mené devant ce capitaine
pour être condamné à mort.

XVIII
L'empereur l'interpella en ces termes :
" Pourquoi es-tu pirate sur la mer ? "
L'autre lui fit cette réponse :
" Pourquoi me fais-tu appeler pirate ?
Parce qu'on me voit écumer la mer
sur un petit vaisseau ?
Si j'avais pu m'armer comme toi,
comme toi j'aurais été empereur. "

XIX
"Mais que veux-tu ? C'est de "ma fortune",
contre laquelle je ne puis vraiment rien
et qui me traite si traîtreusement,
que me vient tout ce comportement.
Aie pour moi quelque compassion
et sache "qu'en grande pauvreté"
- ce mot se dit communément -
"ne gît pas grande loyauté".

XX
Quand l'empereur eut considéré
tout le propos de Diomédès :
"je changerai ton sort
en un sort favorable, lui dit-il."
Ainsi fit-il. Plus jamais [le pirate]
ne dit de méchantes paroles à personne,
mais il fut un homme droit.
Valère, qui fut nommé le Grand à Rome,
nous le donne pour vrai.

XXI
Si Dieu m'avait donné de rencontrer
un autre compatissant Alexandre
qui m'eût ouvert les portes de la chance
et si alors on m'avait vu accepter
de faire le mal, je me serais condamné
par ma propre sentence à être brûlé et mis en cendres.
C'est la nécessité qui fait mal tourner les gens
et la faim qui fait sortir le loup du bois.

XXII
Je regrette le temps de ma jeunesse
durant lequel j'ai plus qu'un autre mené joyeuse vie
jusqu'à l'entrée de la vieillesse

VILLON /1456 /POESIES DE VILLON

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Fonction du poète (extract)

Peuples! écoutez le poète!
Écoutez le rêveur sacré!
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé!
Des temps futurs perçant les ombres,
Lui seul distingue en leurs flancs sombres
Le germe qui n'est pas éclos.
Homme, il est doux comme une femme.
Dieu parle à voix basse à son âme
Comme aux forêts et comme aux flots!

C'est lui qui, malgré les épines,
L'envie et la dérision,
Marche, courbé dans vos ruines,
Ramassant la tradition.
De la tradition féconde
Sort tout ce qui couvre le monde,
Tout ce que le ciel peut bénit.
Toute idée, humaine ou divine,
Qui prend le passé pour racine
A pour feuillage l'avenir.

Il rayonne! Il jette sa flamme
Sur l'éternelle vérité!
Il la fait resplendir pour l'âme
D'une merveilleuse clarté!
Il inonde de sa lumière
Ville et déserts, Louvre et chaumière,
Et les plaines et les hauteurs;
A tous d'en haut il la dévoile;
Car la poésie est l'étoile
Qui mène à Dieu rois et pasteurs.

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Souvenir de la nuit du 4

L'enfant avait reçu deux balles dans la tête.
Le logis était propre, humble, paisible, honnête;
On voyait un rameau bénit sur un portrait.
Une vieille grand-mère était là qui pleurait.
Nous le déshabillions en silence. Sa bouche,
Pâle, s'ouvrait; la mort noyait son oeil farouche;
Ses bras pendants semblaient demander des appuis.
Il avait dans sa poche une toupie en buis.
On pouvait mettre un doigt dans les trous de ses plaies.
Avez-vous vu saigner la mûre dans les haies?
Son crâne était ouvert comme un bois qui se fend.
L'aïeule regarda déshabiller l'enfant,
Disant: -Comme il est blanc! approchez donc la lampe.
Dieu! ses pauvres cheveux sont collés sur sa tempe! -
Et quand ce fut fini, le prit sur ses genoux.
La nuit était lugubre; on entendait des coups
De fusil dans la rue où l'on en tuait d'autres.
- Il faut ensevelir l'enfant, dirent les nôtres.
Et l'on prit un drap blanc dans l'armoire en noyer.
L'aïeule cependant l'approchait du foyer.
Comme pour réchauffer ses membres déjà roides.
Hélas! ce que la mort touche de ses mains froides
Ne se réchauffe plus aux foyers d'ici-bas!
Elle pencha la tête et lui tira ses bas,
Et dans ses vieilles mains prit les pieds du cadavre.
Cria-t-elle! monsieur il n'avait pas huit ans!
Ses maîtres, il allait en classe, étaient contents.
Monsieur, quand il fallait que je fisse une lettre,
C'est lui qui l'écrivait. Est-ce qu'on va se mettre
A tuer les enfants maintenant? Ah! mon Dieu!
On est donc des brigands! Je vous demande un peu,
Il jouait ce matin, là, devant la fenêtre!
Dire qu'ils m'ont tué ce pauvre petit être!
Il passait dans la rue, ils ont tiré dessus.
Monsieur, il était bon et doux comme un Jésus.
Moi je suis vieille, il est tout simple que je parte;
Cela n'aurait rien fait à monsieur Bonaparte
De me tuer au lieu de tuer mon enfant! -
Elle s'interrompit, les sanglots l'étouffant,
Puis elle dit, et tous pleuraient près de l'aîeule:
- Que vais-je devenir à présent toute seule?
Expliquez-moi cela, vous autres, aujourd'hui
Hélas! je n'avais plus de sa mère que lui.
Pourquoi l'a-t-on tué? Je veux que l'on m'explique.
L'enfant n'a pas crie vive la République. -

Nous nous taisons, debouts et graves, chapeau bas,
Tremblant devant ce deuil qu'on ne le console pas.

Vous ne compreniez point, mère, la politique.
Monsieur Napoléon, c'est son nom authentique,
Est pauvre et même prince; il aime les palais;
Il lui convient d'avoir des chevaux, des valets,
De l'argent pour son jeu, sa table, son alcôve,
Ses chasses; par la même occasion, il sauve
La famille, l'église et la société;
Il veut avoir Saint-Cloud, plein de roses l'été,
Où viendront l'adorer les préfets et les maires;
C'est pour cela qu'il faut que les vieilles grand-mères,
De leurs pauvres doigts gris que fait trembler le temps,
Cousent dans le linceul des enfants de sept ans.

(2 december 1853)

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La prière pour tous

Ma fille, va prier! - Vois, la nuit est venue.
Une planète d'or là-bas perce la nue;
La brume des coteaux fait trembler le contour;
A peine un char lointain glisse dans l'ombre ... Écoute
Tout rentre et se repose; et l'arbre de la route
Secoue au vent du soir la poussière du jour.

Le crépuscule, ouvrant la nuit qui les recèle,
Fait jaillir chaque étoile en ardente étincelle;
L'occident amincit sa frange de carmin;
La nuit de l'eau dans l'ombre argente la surface;
Sillons, sentiers, buissons, tout se mêle et s'efface;
Le passant inquiet doute de son chemin.

Le jour est pour le mal, la fatigue et la haine.
Prions, voici la nuit! la nuit grave et sereine!
Le vieux pâtre, le vent aux brèches de la tour,
Les étangs, les troupeaux avec leur voix casséé,
Tout souffre et tout se plaint. La nature lassée
A besoin de sommeil, de prière et d'amour.

C'est l'heure où les enfants parlent avec les anges.
Tandis que nous courons à nos plaisirs étranges,
Tous les petits enfants, les yeux levés au ciel,
Mains jointes et pieds nus, à genoux sur la pierre,
Disant à la même heure une même prière,
Demandent pour nous grâce au père universel.

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A Albert Dürer

Dans les vieilles forêts où la sève à grands flots
Court du fût noir de l'aulne au tronc blanc des bouleaux,
Bien des fois, n'est ce pas? à travers la clairière,
Pâle, effaré, n'osant regarder en arrière,
Tu t'es hâté, tremblant et d'un pas convulsif,
O mon maître Albert Dure, ô vieux peintre pensif!

On devine, devant tes tableaux qu'on vénère,
Que dans les noirs taillis ton oeil visionnaire
Voyait distinctement, par l'ombre recouverts,
Le faune aux doigts palmés, le sylvain aux yeux verts,
Pan, qui revêt de fleurs l'antre où tu te recueilles,
Et l'antique dryade aux mains pleines de feuilles.

Une forêt pour toi, c'est un monde hideux.
Le songe et le réel s'y mêlent tous les deux.
Là se penchent rêveurs les vieux pins, les grands ormes
Dont les rameaux tordus font cent coudes difformes,
Et dans ce groupe sombre agité par le vent
Rien n'est tout à fait mort ni tout à fait vivant.
Le cresson boit; l'eau court; les frênes sur les pentes,
Sous la broussaille horrible et les ronces grimpantes,
Contractent lentement leurs pieds noueux et noirs;
Les fleurs au cou de cygne ont les lacs pour miroirs:
Et, sur vous qui passez et l'avez réveillée,
Mainte chimère étrange à la gorge écaillée,
D'un arbre entre ses doigts serrant les larges noeuds,
Du fond d'un antre obscur fixe un oeil lumineux.
O végétation! esprit! matière! force!
Couverte de peau rude ou de vivante écorce!

Aux bois, ainsi que toi, je n'ai jamais erré,
Maître, sans qu'en mon coeur l'horreur ait pénétré,
Sans voir tressaillir l'herbe, et, par le vent bercées,
Pendre à tous les rameaux de confuses pensées.
Dieu seul, ce grand témoin des faits mystérieux,
Dieu seul le sait, souvent, en de sauvages lieux,
J'ai senti, moi qu'échauffe une secrète flamme,
Comme moi palpiter et vivre avec une âme,
Et rire, et se parler dans l'ombre à demi-voix,
Les chênes monstrueux qui remplissent les bois.

(20 avril 1837)

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Veni, vidi, vixi

J'ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs
Je marche, sans trouver de bras qui me secourent,
Puisque je ris à peine aux enfants qui m'entourent,
Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs ;

Puisqu'au printemps, quand Dieu met la nature en fête,
J'assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour ;
Puisque je suis à l'heure où l'homme fuit le jour,
Hélas ! et sent de tout la tristesse secrète ;

Puisque l'espoir serein dans mon âme est vaincu ;
Puisqu'en cette saison des parfums et des roses,
0 ma fille ! j'aspire à l'ombre où tu reposes,
Puisque mon coeur est mort, j'ai bien assez vécu.

Je n'ai pas refusé ma tâche sur la terre.
Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici.
J'ai vécu souriant, toujours plus adouci,
Debout, mais incliné du côté du mystère.

J'ai fait ce que j'ai pu ; j'ai servi, j'ai veillé,
Et j'ai vu bien souvent qu'on riait de ma peine.
Je me suis étonné d'être un objet de haine,
Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaillé.

Dans ce bagne terrestre où ne s'ouvre aucune aile,
Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains,
Morne, épuisé, raillé par les forçats humains,
J'ai porté mon chaînon de la chaîne éternelle.

Maintenant, mon regard ne s'ouvre qu'à demi ;
Je ne me tourne plus même quand on me nomme ;
Je suis plein de stupeur et d'ennui, comme un homme
Qui se lève avant l'aube et qui n'a pas dormi.

Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse,
Répondre à l'envieux dont la bouche me nuit.
0 Seigneur, ! ouvrez-moi les portes de la nuit,
Afin que je m'en aille et que je disparaisse !

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Oceano nox

Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !

Combien de patrons morts avec leurs équipages !
L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages
Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée.
Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ;
L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh ! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus !

On s'entretient de vous parfois dans les veillées.
Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
Mêle encor quelque temps vos noms d'ombre couverts
Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,
Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures,
Tandis que vous dormez dans les goémons verts !

On demande : - Où sont-ils ? sont-ils rois dans quelque île ?
Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile ? -
Puis votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli.

Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.
L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ?
Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur,
Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encor de vous en remuant la cendre
De leur foyer et de leur coeur !

Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,
Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre
Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond,
Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne,
Pas même la chanson naïve et monotone
Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont !

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?
O flots, que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous!

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Aux Feuillantines

Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.
Notre mère disait: jouez, mais je défends
Qu'on marche dans les fleurs et qu'on monte aux échelles.

Abel était l'aîné, j'étais le plus petit.
Nous mangions notre pain de si bon appétit,
Que les femmes riaient quand nous passions près d'elles.

Nous montions pour jouer au grenier du couvent.
Et là, tout en jouant, nous regardions souvent
Sur le haut d'une armoire un livre inaccessible.

Nous grimpâmes un jour jusqu'à ce livre noir ;
Je ne sais pas comment nous fimes pour l'avoir,
Mais je me souviens bien que c'était une Bible.

Ce vieux livre sentait une odeur d'encensoir.
Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.
Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire!

Nous l'ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,
Et dès le premier mot il nous parut si doux
Qu'oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.

Nous lûmes tous les trois ainsi, tout le matin,
Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,
Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.

Tels des enfants, s'ils ont pris un oiseau des cieux,
S'appellent en riant et s'étonnent, joyeux,
De sentir dans leur main la douceur de ses plumes.

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Ce siècle avait deux ans

Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,
Et du premier consul, déjà, par maint endroit,
Le front de l'empereur brisait le masque étroit.
Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,
Jeté comme la graine au gré de l'air qui vole,
Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois
Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ;
Si débile qu'il fut, ainsi qu'une chimère,
Abandonné de tous, excepté de sa mère,
Et que son cou ployé comme un frêle roseau
Fit faire en même temps sa bière et son berceau.
Cet enfant que la vie effaçait de son livre,
Et qui n'avait pas même un lendemain à vivre,
C'est moi. -

Je vous dirai peut-être quelque jour
Quel lait pur, que de soins, que de voeux, que d'amour,
Prodigués pour ma vie en naissant condamnée,
M'ont fait deux fois l'enfant de ma mère obstinée,
Ange qui sur trois fils attachés à ses pas
Epandait son amour et ne mesurait pas !

Ô l'amour d'une mère! amour que nul n'oublie !
Pain merveilleux qu'un dieu partage et multiplie !
Table toujours servie au paternel foyer !
Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier !

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J'ai cueilli cette fleur pour toi

J'ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline.
Dans l'âpre escarpement qui sur le flot s'incline,
Que l'aigle connaît seul et seul peut approcher,
Paisible, elle croissait aux fentes du rocher.
L'ombre baignait les flancs du morne promontoire ;
Je voyais, comme on dresse au lieu d'une victoire
Un grand arc de triomphe éclatant et vermeil,
À l'endroit où s'était englouti le soleil,
La sombre nuit bâtir un porche de nuées.
Des voiles s'enfuyaient, au loin diminuées ;
Quelques toits, s'éclairant au fond d'un entonnoir,
Semblaient craindre de luire et de se laisser voir.
J'ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien-aimée.
Elle est pâle, et n'a pas de corolle embaumée,
Sa racine n'a pris sur la crête des monts
Que l'amère senteur des glauques goémons ;
Moi, j'ai dit: Pauvre fleur, du haut de cette cime,
Tu devais t'en aller dans cet immense abîme
Où l'algue et le nuage et les voiles s'en vont.
Va mourir sur un coeur, abîme plus profond.
Fane-toi sur ce sein en qui palpite un monde.
Le ciel, qui te créa pour t'effeuiller dans l'onde,
Te fit pour l'océan, je te donne à l'amour. -
Le vent mêlait les flots; il ne restait du jour
Qu'une vague lueur, lentement effacée.
Oh! comme j'étais triste au fond de ma pensée
Tandis que je songeais, et que le gouffre noir
M'entrait dans l'âme avec tous les frissons du soir!

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Liberté !

De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ?

De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages,
Aux sources, à l'aurore, à la nuée, aux vents ?
De quel droit volez-vous la vie à ces vivants ?
Homme, crois-tu que Dieu, ce père, fasse naître
L'aile pour l'accrocher au clou de ta fenêtre ?
Ne peux-tu vivre heureux et content sans cela ?
Qu'est-ce qu'ils ont donc fait tous ces innocents-là
Pour être au bagne avec leur nid et leur femelle ?

Qui sait comment leur sort à notre sort se mêle ?
Qui sait si le verdier qu'on dérobe aux rameaux,
Qui sait si le malheur qu'on fait aux animaux
Et si la servitude inutile des bêtes
Ne se résolvent pas en Nérons sur nos têtes ?
Qui sait si le carcan ne sort pas des licous ?
Oh! de nos actions qui sait les contre-coups,
Et quels noirs croisements ont au fond du mystère
Tant de choses qu'on fait en riant sur la terre ?
Quand vous cadenassez sous un réseau de fer
Tous ces buveurs d'azur faits pour s'enivrer d'air,
Tous ces nageurs charmants de la lumière bleue,
Chardonneret, pinson, moineau franc, hochequeue,
Croyez-vous que le bec sanglant des passereaux
Ne touche pas à l'homme en heurtant ces barreaux ?

Prenez garde à la sombre équité. Prenez garde !
Partout où pleure et crie un captif, Dieu regarde.
Ne comprenez-vous pas que vous êtes méchants ?
À tous ces enfermés donnez la clef des champs !
Aux champs les rossignols, aux champs les hirondelles ;
Les âmes expieront tout ce qu'on fait aux ailes.
La balance invisible a deux plateaux obscurs.
Prenez garde aux cachots dont vous ornez vos murs !
Du treillage aux fils d'or naissent les noires grilles ;
La volière sinistre est mère des bastilles.
Respect aux doux passants des airs, des prés, des eaux
Toute la liberté qu'on prend à des oiseaux
Le destin juste et dur la reprend à des hommes.
Nous avons des tyrans parce que nous en sommes.
Tu veux être libre, homme ? et de quel droit, ayant
Chez toi le détenu, ce témoin effrayant ?
Ce qu'on croit sans défense est défendu par l'ombre.
Toute l'immensité sur ce pauvre oiseau sombre
Se penche, et te dévoue à l'expiation.
Je t'admire, oppresseur, criant: oppression !
Le sort te tient pendant que ta démence brave
Ce forçat qui sur toi jette une ombre d'esclave
Et la cage qui pend au seuil de ta maison
Vit, chante, et fait sortir de terre la prison.

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